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Situation Economique et Financière de la Géorgie - Mars 2018

Situation économique et financière.

Après une année 2016 en demi-teinte, les résultats de l’année 2017 sont positifs et ont été salués par le FMI au cours d’une mission de revue de programme menée en décembre 2017 : la croissance en 2017 devrait en effet accélérer à 4,8%, après deux années de croissance faible (2,9% en 2015 et 2,7% en 2016).

Grâce à des recettes fiscales meilleures que prévues, le déficit budgétaire commence à se réduire. Le déficit du compte courant passe sous les 10% (contre 13% en 2016) grâce à une amélioration des résultats commerciaux et une croissance continue du tourisme.

Le niveau des IDE progresse également fortement.

L’inflation a repris en 2017 et se situe au-dessus des objectifs de la Banque centrale, mais cette hausse est principalement due à des réformes fiscales et la Banque centrale réagit de manière efficace.

Le niveau des réserves internationales reste bas, considérant une surévaluation de la devise nationale d’environ 15%, mais remonte légèrement sous l’effet du programme du FMI, validé en avril 2017, pour légèrement dépasser 3Mds USD, soit 4,8 mois d’importation.

Le système bancaire continue d’être profitable et d’afficher des ratios de capital et de liquidité jugés par tous, y compris les services du FMI, adéquats. La supervision déjà solide se renforce.

Le climat des affaires est sain mais les investisseurs étrangers se dirigent peu vers le secteur manufacturier.

La croissance s’est accélérée en 2017 à 4,8% et devrait se stabiliser au-dessus de 4% en 2018

En Géorgie, les chocs continus subis par ses partenaires commerciaux ont limité la croissance en 2016 malgré l’effort de stimulation fiscale et la hausse des dépenses publiques et privées.

Après une hausse de 2,9% en 2015, le PIB a crû de 2,7% en 2016 pour atteindre 14,3 Mds USD. La croissance a néanmoins rebondi à 4,8% en 2017, pour approcher les 15 Mds USD, et atteindrait 4,2% cette année. La croissance du PIB en 2017 a été principalement stimulée par l’amélioration de la situation économique des partenaires de la Géorgie, notamment l’Union européenne et la Russie.

Ainsi, les exportations nettes ont contribué positivement à la croissance économique grâce à une augmentation de près de 30%. Le secteur touristique a crû d’environ 27%, grâce à une augmentation significative (18,8%) du nombre de visiteurs, qui atteint désormais les 7,6 millions.

La consommation privée a été portée par la hausse des transferts des migrants (19,8%). L’amélioration de la confiance des consommateurs et des entreprises a porté les investissements publics et privés.

Parmi les autres secteurs à potentiel de développement, on trouve également l’agriculture (9,3% du PIB), souffrant toujours d’un manque d’investissement, de l’atomisation des exploitations, d’un système cadastral peu transparent, ne répertoriant qu’un quart des terres et en absence d’une loi sur la propriété de la terre.

Les autorités prévoient une croissance de 4,8% pour 2018, tandis que le consensus international s’attend à un léger ralentissement étant donné les bons chiffres de 2017.

Le déficit du compte courant passe sous les 10% du PIB mais reste élevé en raison d’un important déficit commercial structurel.

Le déficit courant s’est inscrit en forte baisse en 2017, se situant pour la première fois sous la barre des 10% (9,8%), après 12,8% en 2016. La forte progression des exportations a permis de compenser la légère augmentation des importations, le déficit commercial ne progressant que de 1,4%. Ce dernier représente cependant encore près de 25,8% du PIB. Néanmoins, les flux d’IDE ont progressé de 20,5% en 2017, représentent désormais 10,5% du PIB, et permettent le financement de ce fort déficit courant.

Dans le détail, suite à une année 2016 qui a vu une chute de 4% dans les exportations non-compensée par la baisse des importations (-0,6%), les 9 premiers mois de l’année 2017 sont marqués par une augmentation spectaculaire des exportations par rapport à la même période de l’année précédente (+22%, à 1,9 Mds USD). Cependant les importations ont également fortement augmenté sur cette même période (+6,9%, à 5,6 Mds USD) : la balance commerciale demeure structurellement déficitaire (-3,7 Mds USD). La Turquie reste de loin le premier pays partenaire avec 16,2% des échanges commerciaux géorgiens et l’Azerbaïdjan se place en 4ème position (6,9%) après la Russie et la Chine et devant l’Allemagne qui détient 5,3% de part de marché. Malgré une économie diversifiée, ses échanges restent faibles en valeur avec un volume total du commerce extérieur qui n’excède pas 10 Mds USD en 2016. L’UE reste son premier client, et absorbe 27% de ses exportations en 2016 (malgré une baisse de 11,5%, alors que la Russie enregistre une augmentation de +26,6%). La Géorgie poursuit la diversification de ses débouchés : après la Turquie, un accord de libre-échange avec la Chine a été ratifié en mai 2017 (après que les exportations aient bondi de 35% en 2016). Des discussions avec l’Inde pourraient s’ouvrir dans un futur proche. La Géorgie souhaite la création d’une agence de crédit export.

Par ailleurs, les transferts des migrants ont également fortement progressé (+19,8%, soit 9,1% du PIB). Les principaux émetteurs des transferts de migrants sont la Russie (33%) et l’Union européenne (30,7%). Ils sont principalement alloués aux réseaux de communications et de transports (39%), au secteur énergétique (12%) et au secteur de la construction (10%). L’Azerbaïdjan est le premier investisseur en Géorgie (35% des IDE), suivi de la Turquie (17%) et du Royaume-Uni (7%).

Le GEL s’est maintenu face au dollar, malgré une inflation supérieure aux prévisions.

Le GEL s’est plutôt maintenu face au dollar en 2017, malgré une légère dépréciation en octobre et novembre. Le FMI estime que le lari est encore surévalué de 12-15%. La Banque centrale est réactive et continue d’effectuer des interventions récurrentes sur les taux directeurs. En 2016, alors que l’inflation (1,8%) était nettement sous la cible des 5%, la politique monétaire a graduellement été assouplie. En 2017, l’inflation s’est établie à 6,7% en g.a., un chiffre situé au-dessus des objectifs de la Banque centrale pour l’année 2017, fixés à 4%. Cela a conduit la Banque centrale à relever en trois fois ses taux directeurs en 2017, jusqu’à atteindre 7,25% aujourd’hui. Ainsi, l’intervention de la Banque centrale a été efficace pour contenir l’inflation, dont près de 40% de la hausse provient de mesures fiscales (hausse des droits d’accises notamment). En 2018, l’objectif de la Banque centrale se situe à 3% d’inflation. Les risques sont relativement modérés en raison d’un bon ancrage des anticipations, de la crédibilité de la Banque centrale et d’un effet de base positif. L’appréciation du GEL l’été dernier et le programme du FMI ont permis d’augmenter les réserves internationales en 2017. Elles atteignent désormais environ 3,2 Mds USD, soit 3,7 mois d’importations. Elles devraient continuer à se renforcer en 2018.

L’accord avec le FMI concernant le programme « Extended Fund Facility » devrait entraîner des financements internationaux conséquents.

Le 12 avril 2017, un programme Extended Fund Facility (285,3 M USD en 7 tranches sur 2017-2020) a été approuvé par le conseil d’administration du FMI. Les conditionnalités portent principalement sur le renforcement de la supervision et de la résilience du système financier, la consolidation budgétaire (sans pénaliser les investissements publics) et l’introduction d’un deuxième pilier dans le système de retraites. Le programme prévoit, en outre, des appuis budgétaires significatifs de la part des bailleurs internationaux : Banque mondiale à raison de 100 M USD par an, avec 2 Development Policy Operations en 2017 ;  Union européenne (150 M USD par an sur 2017-2018) ; autres, notamment AFD et Banque asiatique de développement (162 M USD sur 2017-2019) et plus récemment l’AIIB. Un quasi doublement des réserves internationales est visé. Après la première revue du programme en décembre 2017, le satisfecit du FMI est total, l’ensemble des objectifs ayant été remplis par le pays.

Le système bancaire dispose de fonds propres et de provisions confortables. La supervision déjà solide se renforce. L’objectif reste la (dédol)larisation du système.

Le secteur bancaire est composé de 17 banques, mais seulement deux acteurs s’accaparent plus de 80% du marché. Cette faible concurrence sur le marché bancaire entraîne des surcoûts dans l’accès au crédit, notamment en GEL, que ce soit pour les particuliers ou les entreprises. Le secteur enregistre d’importants profits (rentabilité ROE supérieure à 20% en 2017).

Les indicateurs de stabilité demeurent satisfaisants, avec un ratio de solvabilité de 16,5% en 2017. La part des créances douteuses selon la méthodologie FMI a légèrement augmenté, à 3,7% fin 2017, mais reste à un niveau faible. Les provisions représentent quant à elles 3,2% du portefeuille. La qualité du portefeuille s’expliquerait par une approche prudente des banques, ainsi que par la possibilité effective d’exécuter le collatéral le cas échéant, ce qui stimule la discipline de paiement. Des difficultés semblent cependant poindre pour les grandes entreprises, ayant eu un recours important à la dette, notamment celles des secteurs non exposés endettées en devises étrangères. De fait, la dollarisation demeure le principal point d’attention de la Banque centrale (64% des dépôts sont libellés en devises étrangères). Pour faire face, les dépôts en devises sont soumis à une obligation de réserve plus importante et les crédits en devises, à une pondération de 175% dans le calcul des ratios. Parmi les mesures complémentaires mises en place en 2017:

  • l’introduction de ratios de couverture de liquidité (moins sévères pour les dépôts en monnaie locale),
  • l’obligation d’afficher les prix en lari et non en dollar,
  • des limites renforcées sur les prêts hypothécaires en devises,
  • et interdiction de faire de la publicité pour des prêts en dollars.

La politique de dédolarrisation du système est menée par la Banque centrale de manière volontariste et les premiers résultats se font déjà sentir (baisse de la part des dépôts en USD en janvier 2018). Néanmoins, cette politique s’opérera nécessairement sur le long terme. De manière plus générale, la supervision va se consolider : retour de la stabilité financière dans la compétence de la Banque centrale, mise en place de ratios de solvabilités spécifiques pour les banques systémiques et augmentation progressive du minimum de fonds propres des banques, régulation du secteur financier non bancaire, etc

Malgré un climat des affaires sain, les IDE se dirigent peu vers le secteur manufacturier et le tissu économique (une centaine de grandes entreprises, peu de PME, et une myriade de micro-entreprises et d’auto-entrepreneurs agricoles) évolue lentement.

L’environnement des affaires est salué par l’ensemble des acteurs nationaux et internationaux. Cette impression est confortée par le classement Doing Business du pays, qui classe la Géorgie 9ème au niveau mondiale. La transparence et la facilité dans les affaires sont une priorité du gouvernement. La corruption ne fait pas partie des points relevés par les entreprises lorsqu’elles présentent leurs difficultés dans le pays. Elle a été éradiquée avec succès lors de l’époque Saakashvili même si des signes de concentration de marchés apparaissent. Ainsi, la Géorgie s’est classée au 46ème rang dans l’Indice de Perception de la Corruption 2017 de Transparency International (-2 positions par rapport à 2016), soit le meilleur classement des EM de la CEI. Certaines insuffisances sont relevées dans le domaine de la justice des tribunaux de commerce, la formation des juges étant jugée insuffisante. Sur le plan des réformes, les autorités ont annoncé le déploiement d’un programme en 4 points, ciblant particulièrement, les infrastructures routières, le renforcement du rôle du secteur privé dans l’économie, l’administration publique et l’éducation.

- La Géorgie est considérée de manière unanime comme « un bon réformateur » parmi les pays de la deuxième vague (dixit nouveaux pays européens et au-delà), et se mobilise pour devenir un bon « performeur » économique.

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